Et si la course d'orientation ne s'arrêtait pas à la dernière balise, mais à une victime à secourir ? C'est l'idée de la Mountain Rescue, l'épreuve la plus exigeante de CAP RESCUE. On y lit une carte, on franchit le relief, on localise quelqu'un — puis on le prend en charge et on le ramène. La montagne n'est plus un décor : elle devient un vrai terrain de secours.
Le terrain : l'arrière-pays niçois
Préalpes, vallées de l'arrière-pays, contreforts du Mercantour : notre terrain est vivant et changeant. Sentiers techniques, dénivelé, passages rocheux, météo capricieuse — rien n'est jamais acquis. C'est précisément ce qui fait la valeur de l'épreuve.
À chaque édition, le tracé change. Impossible d'apprendre un parcours par cœur ou de répéter un circuit jusqu'à l'automatisme. Il faut lire le terrain en temps réel, choisir ses itinéraires, gérer son effort sur la durée et garder de la lucidité pour le moment qui compte vraiment : la prise en charge. C'est exactement la réalité d'un secours en milieu naturel, où aucune intervention ne ressemble à la précédente.
Le déroulé en cinq temps
L'épreuve s'enchaîne comme une mission de secours, du départ à l'évacuation :
- 1.Navigation — rejoindre des points à la carte et à la boussole, en choisissant le meilleur itinéraire ;
- 2.Balises — valider des postes disséminés dans le relief, qui jalonnent la progression ;
- 3.Atelier technique — un passage sécurisé (corde, franchissement) encadré par nos équipes, où la gestion du risque est visible ;
- 4.La victime — la localiser, réaliser un bilan complet et poser les bons gestes ;
- 5.Le brancardage — l'évacuer en équipe, en sécurité, jusqu'au point de prise en charge.
Chaque temps compte dans le score, mais aucun ne se rattrape si la prise en charge est ratée. La logique reste la même que dans le vrai secours : aller vite, oui, mais d'abord bien faire.
Le poste R&R : quand le geste prime
Au cœur de l'épreuve se trouve le poste « Bilan & Réanimation » (R&R). Là, le chronomètre passe au second plan : c'est la qualité du geste de secours qui est évaluée. Bilan de la victime, gestes adaptés, sécurité de l'intervention, communication dans l'équipe — tout est observé.
Le poste R&R est accessible dès le PSE1, le premier diplôme de secouriste en équipe. La prise en charge d'une victime n'existe toutefois qu'en catégorie Secours : le Compétiteur Orientation se court sans secours (le PSC suffit), tandis que la catégorie Secours — réservée aux équipes de professionnels titulaires du PSE2 — ajoute la recherche de victime, le bilan transmis par radio au régulateur et l'extraction jusqu'au PMA. Du PSC au PSE2, c'est tout un parcours de secouriste qui s'ouvre.
Les modes de participation
La Mountain Rescue n'est pas réservée à une élite. Elle se décline pour que chacun trouve sa place :
- Découverte (PSC) — parcours court (4–6 km) sur sentier balisé, un peu d'orientation, ateliers en initiation sécurisée. Seul ou en groupe. Pour goûter à l'expérience ;
- Compétiteur Orientation (PSC) — 10–16 km en orientation pure : carte, roadbook, énigmes et points de contrôle, 800–1200 m de dénivelé. Du trail-orientation à l'état pur, sans prise en charge de victime. Classement scratch ;
- Compétiteur Secours — la catégorie reine — réservée aux professionnels du secours (pompiers, PGHM, CRS montagne, secouristes montagne, sécurité civile, SAMU/SDIS) titulaires du PSE2. Équipe obligatoire, radio avec le régulateur, recherche de victime, bilan, extraction jusqu'au PMA. R&R éliminatoire ; porte le classement inter-services ;
- Duo — à deux, y compris en départ partagé inclusif, avec un vrai score d'équipe ;
- Relais / Équipe (3-4) — le parcours est segmenté, chaque relayeur prend une mission : navigation, technique, victime, brancardage.
Côté classements, au-delà du scratch et des catégories d'âge, deux tableaux donnent tout son sens à l'épreuve : un classement inter-services de secours (pompiers, PGHM, CRS montagne, sécurité civile…) et un classement interclub, où l'on représente sa salle, son club ou sa box CrossFit. Et un module de questions de premiers secours ponctue le parcours : pénalité de temps en Découverte et Compétiteur, éliminatoire en catégorie Secours.
Quel que soit le mode, on repart avec la même chose : des réflexes utiles et le souvenir d'avoir accompli quelque chose de concret.
Pourquoi c'est unique
Parce qu'on ne triche pas avec la montagne. Pas de parcours mémorisé, pas de décor artificiel, pas de difficulté factice : de la vraie adaptation, de l'orientation, du sang-froid et un objectif clair au bout — ramener quelqu'un. Là où beaucoup de compétitions font répéter un effort standardisé, la Mountain Rescue demande de penser en marchant, de décider en courant. C'est plus complet, et c'est ce qui la rend formatrice.
Comment se préparer
Se préparer à la Mountain Rescue, c'est travailler trois registres complémentaires. Le physique d'abord : du dénivelé, de la course nature, du gainage et du portage — car brancarder une victime sur un sentier technique demande des jambes et un dos solides. L'orientation ensuite : lire une carte, prendre un azimut, choisir un itinéraire, autant de compétences qui s'acquièrent plus vite qu'on ne le croit et se travaillent en club. Les gestes de secours enfin : bilan, immobilisation, conduite à tenir, à entretenir régulièrement. La bonne nouvelle, c'est qu'on progresse sur les trois à la fois en s'entraînant avec nous.
La sécurité de l'épreuve
Une épreuve qui simule le secours ne peut exister que dans un cadre rigoureux. Chaque Mountain Rescue est encadrée par des intervenants qualifiés, dotée d'un dispositif de secours adapté au terrain et précédée d'un briefing obligatoire. Les ateliers techniques — corde, franchissement — sont supervisés en permanence, le matériel est vérifié, et la météo conditionne les décisions de la direction de course. On cherche l'engagement, jamais le danger non maîtrisé.
Faut-il être un montagnard aguerri ?
Beaucoup hésitent en se croyant « pas assez montagnards ». C'est une erreur. Le mode Découverte est pensé pour les premières fois : orientation accompagnée, distances raisonnables, encadrement rapproché. On peut très bien débuter sans expérience d'orientation, à condition d'aimer marcher et d'avoir envie d'apprendre. La montagne fait le reste — exigeante, mais formidablement formatrice.